Persistance de la vision : ces tableaux qu’on finit par écrire…

 

Enfin, quatre ans après le début du voyage, le second tome du diptyque Cinqueterre est achevé, révisé (une douzaine de fois 🙄), verrouillé dans les moindres détails… bref, prêt à être livré aux lecteurs. Et je me sens plus vidée qu’heureuse, pour l’instant. Le livre s’en va sans moi et désormais il appartiendra à d’autres…

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ?(René Char)

Je n’ai qu’une envie, en fait, c’est de retourner à mon roman en cours, le premier “Satellite de Cinqueterre“, qui se passe dans le même univers, mais peut être abordé indépendamment. Ce qui sera bientôt possible, quand j’en aurais fini avec les opérations de lancement. Mais en attendant, j’ai réalisé quelque chose d’étrange, au cours des relectures… Plusieurs fois, vers la fin du second tome, où se déploie une fantasmagorie singulière, j’écrivais en m’inspirant directement de mes souvenirs de peintures classiques. Des sentiments qu’elles me laissaient, à distance.

J’ai trouvé amusant de mettre en parallèle ici leurs images et les extraits des Miroirs d’Olvida qui correspondent. J’ai bien sûr eu nombre d’autres sources d’inspiration, mais celles-ci me tiennent particulièrement à cœur.

 

Albert Bierstadt – Le mont Vésuve à Minuit – Cleveland Museum of Art

 

“Elle se tenait sur une pente, de la cendre jusqu’aux chevilles, sous un ciel rouge sombre. À mi-chemin d’une chaîne de sommets rocheux, dominés par un volcan qui crachait de la lave dans un grondement lointain. L’air tiède et lourd sentait le charbon, avec une pointe de soufre. D’étranges lucioles ternes palpitaient sur la plaine obscure qui s’étendait à ses pieds, comme l’écho de lumières mortes. Elle aperçut les ruines décharnées d’une maison en pierre, à quelques dizaines de mètres. Il ne restait que l’arête d’un mur, émergeant des gravats, telle une dent solitaire.”


 

Une monstrueuse cohorte… qui vient en droite ligne, à travers mes réminiscences, des tableaux de Matthias Grünewald (la Tentation de St Antoine) et de Jérôme Bosch (le Jardin des délices). Et un peu aussi du “Seigneur des Anneaux online“, pour être honnête (la région d’Angmar).

“Elle se retourna. Dans leur dos rampait une marée grouillante. Des visages convulsés, surgissant d’un amas de chair difforme, des bras arrachés qui progressaient vers eux en se tirant sur leurs doigts. Et des créatures vaguement animales… qui ne ressemblaient à rien de ce qui avait jamais existé. Leurs prunelles comme des globes sombres ou des pierres luisantes, munis de becs et de pattes griffues, parfois de tentacules, des fauves ouvrant une bouche énorme hérissée d’un nombre incroyable de dents aussi fines que des aiguilles. Et les suivaient des silhouettes humaines, chancelantes et en haillons, aux yeux morts.”


 

Et enfin, il y a cette courte phrase :

“Puis le silence se fit dans la grande cour vide, sous l’ombre noire des colonnes.”

Qui fait écho aux ombres longues qu’on retrouve partout chez Giorgio De Chirico ; c’est cette ambiance solitaire à l’étrange lumière tranchante que je voulais retranscrire.

 

 

Lo 🦋

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 × un =